Radoine Elhaoussa mise sur la carte du tourisme équestre

DÉVELOPPEMENT DU CHEVAL BARBE

Radoine Elhaoussa mise sur le tourisme équestre. A Marrakech, à la Ferme Tensift, il met tout en œuvre pour que le cheval devienne une vraie signature du tourisme comme le désert ou la gastronomie.

 

Les organisateurs du Salon du Cheval peuvent se féliciter d’avoir attiré 300.000 visiteurs dans le somptueux Parc d’Expositions Mohammed VI. Certains sont venus en voiture, en train, en bus ou même en deux roues.  D’autres, fidèles à l’esprit ancestral, ont fait le trajet à cheval. Radoine Elhaoussa est de ceux là. Accompagné de dix randonneurs, le jeune (37 ans) propriétaire de La Ferme Équestre Marrakech Tensift a parcouru les 240 km séparant la Ville Ocre d’El Jadida, à dos de cheval.

Et si le point d’orgue de ce voyage équestre fut l’arrivée des cavaliers, le 14 octobre dernier, en plein cœur du Salon du Cheval, après six jours de randonnée, l’ambition est la valorisation du tourisme équestre et l’amélioration de l’utilisation du cheval dans les villages traversés. «On est fiers d’avoir forcé l’admiration des habitants grâce au tourisme équestre» confie Radoine. « Surtout, on est heureux d’avoir rencontré des petits éleveurs ou des propriétaires qui ont soif de formation ou d’informations sur l’entretien des chevaux.»

Radoine n’a pas la mémoire courte. Il n’a pas oublié ses promesses automnales. Au mois de février, il retournera à Sidi Bennour, accompagné d’un dentiste et d’un ostéopathe... C’est là, au village Fnatssa, qu’une fantasia a  accueilli la joyeuse randonnée de La Ferme Tensift. Au plus grand bonheur d’une dizaine de cavaliers confirmés - «à l’aise aux trois allures» précise Radoine - qui ont décidé de découvrir une région inexplorée. «L’idée, c’est aussi de valoriser et varier l’utilisation du cheval barbe et du cheval arabe-barbe» dit-t-il.

Des charmes du massif des Jbilet, ces petites montagnes à la sortie de Marrakech qui séparent la région de l’Haouz et la vallée Rhamna, à la magnifique plongée dans la Région de Doukkala, vers El Jadida, en franchissant Sidi Bennour et Sidi Smail, les randonneurs ont compilé des souvenirs éternels. «On a traversé des paysages extraordinaires» précise Cécile. «Il n’y pas de gites, on a campé sous des tentes, on a dormi à côté des chevaux. Cette randonnée a non seulement renforcé les liens entre les cavaliers mais aussi entre les hommes et les chevaux.»

Radoine, dont l’objectif est de créer une route touristique référente entre Marrakech et El Jadida, ne manque pas de louer l’accueil chaleureux et joyeux des villageois . «Ils sont impatients qu’on développe le tourisme équestre» lance Radoine. «Il y a le tourisme à Marrakech, le tourisme berbère, le tourisme du désert, le tourisme de la mer, il y aura bientôt le tourisme rural. Et Il faut développer le tourisme rural à travers le cheval et encourager tous ces gens de bonne volonté à bâtir des gites pour accueillir les touristes. La nature nous a donné un pays fantastique. Elle a fait le plus dur. A nous de terminer le travail. »

Radoine a l’intention d’assumer sa part du labeur. Non content de montrer l’exemple, il assiste aux réunions de l’embryonnaire Association Nationale du Tourisme Équestre. «Professionnaliser le secteur est notre défi» dit-il. «Il faut  créer une carte d’acteurs reconnus du tourisme équestre afin de permettre aux touristes de bénéficier d’une même qualité de service, de prestations et de sécurité. A nous aussi, chacun de notre côté, de dégager nos meilleurs circuits de randonnée afin de les répertorier sur une carte référente. Il ne faut surtout pas faire l’erreur d’oublier le tourisme interne en ciblant les seules agences de voyages.»

Posée route de Casablanca, en bordure de la Palmeraie de Marrakech, au milieu d’un champ de grenadiers de onze hectares, La Ferme Équestre Tensift avait déjà organisé semblable événement, l’an dernier, lors de la septième édition du Salon du Cheval. Mais Radoine voit plus loin. Outre une randonnée, en mars prochain, entre La Ferme Équestre Tensift et le haras national, avec une traversée de Marrakech, à l’occasion des journées portes ouvertes, il programme pour le printemps 2017 un voyage équestre historique avec le chiffre rond de 100 randonneurs  !

C’est face à l’Atlantique, à Dar Bouazza, où il a grandi en pleine campagne, que Radoine déchiffre les premiers secrets des chevaux et devient un cavalier émérite. Le virus, ce sont ses grand-pères, Regragui d’Essaouira et Miloudi de Dar Bouazza, cavaliers de fantasia, qui le lui ont transmis. Rien d’étonnant qu’il abandonne La Faculté de Droit Hassan II, à Casablanca, pour satisfaire sa passion.

Aide-moniteur dans un club équestre de la région de Dar Bouazza, il se plonge, avec abnégation, dans les livres de pédagogie équestre et passe son temps libre devant la chaîne spécialisée Equida. Il décide de franchir le grand pas, en 2004, et part pour la France où il passe le brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur (BAFA). En 2007, il suit un stage de pédagogie équestre. «Jusqu’au galop 7, j’ai fait de l’auto-formation» précise-t-il. Radoine est un des élèves les plus doués de sa génération. Tant et si bien qu’il réussit, en 2008, le concours au?brevet d’Etat, au centre national de formation équestre La Canorgue, dans le Lubéron.

Il se lance, alors, dans une formation aux métiers du cheval dans les écuries du CEFTER PACA, à Barcillonette. Il rentre au Maroc, au crépuscule de l’année 2009, avec un brevet d’Etat en dressage, cross et saut d’obstacles, un brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur, un brevet d’attelage, un diplôme de moniteur pour aveugles et un diplôme premiers secours. «J’avais acheté mon billet d’avion pour Casablanca avant de passer le dernier examen» se souvient-il.

Les diplômes et les ambitions ne suffisent pas toujours. Il déchante. Son projet de ferme équestre, dans la région de Dar Bouazza, ne verra pas le jour. «Je voulais rebondir vite pour évacuer cette déception» confie-il. Il hésite entre deux propositions et autant de tentations. Entre un travail en France comme enseignant et un job dans une ferme, à Marrakech, il laisse parler sa fibre nationale. Là, encore, l’expérience est frustrante.

Le désenchantement, Radoine en a trop soupé. Après la visite d’un terrain, au début de l’année 2011, à la sortie de Marrakech, il entrevoit la lumière et jette les premières bases de La Ferme Tensift. En quatre ans, la Ferme passe de 6 chevaux à 50 chevaux. Initiations, perfectionnement, randonnées et équithérapie pour les mal-voyants, les enfants sourds et muets ou les Associations de handicapés, Radoine met son grand savoir-faire pédagogique au service des plus fragiles et du tourisme équestre. Histoire que le cheval devienne une vraie signature du tourisme comme le désert ou la gastronomie...

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Placé comme un supplément à la fin du magazine Clin d’œil, le magazine Cheval du Maroc est un rendez-vous incontournable pour les amoureux du cheval et permet, aux non initiés de découvrir la filière équine aux multiples facettes. Il participe, également, à la création d’un lien social entre les différents intervenants du monde du cheval au Royaume. Entre les courses hippiques, le développement du cheval barbe, l’utilisation traditionnelle et moderne du cheval, l’élevage équin, le Salon du Cheval d’El Jadida, le sport équestre, les métiers du cheval ou les cartes postales du cavalier marocain Kebir Ouaddar sur la route des JO de Rio, les intérêts de lecture ne manquent pas. 

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