Le vent du grand sud souffle sur la tbourida

SPORTS ÉQUESTRES

Quand un art séculaire devient un sport authentique ! Sur la route du Trophée Hassan II de Tbourida programmé,     à Dar Essalam, du 15 au 21 mai, il ne fallait pas manquer le concours interrégional de Guelmim, première étape qui restera dans l’histoire de la filière équine marocaine. Pour la première fois, 12 sorbas ont représenté les Régions de Guelmim-Oued Noun, Laayoune-Saguia al Hamra et Ed Dakhla-Oued ed Dahab. Surtout, ce nouveau rendez-vous a permis de valoriser ces régions et leurs efforts à promouvoir la filière équine en général et la Tbourida en particulier.

Bien sûr, la société Royale d’Encouragement du Cheval (SOREC), organisatrice de l’événement en collaboration avec la Fédération Royale Marocaine des Sports Équestres (FRMSE), s’est mobilisée pour la valorisation d’une tradition culturelle ancestrale à travers une organisation professionnelle de qualité.

Ainsi, le concours interrégional de Guelmim a été une occasion de retisser les liens entre les diversités folkloriques. Sur les douze troupes présentes sur la ligne de départ, Guelmim a fourni le plus grand contingent d’engagés en présentant pas moins de neuf sorbas, laissant Laâyoune (2) et Boujdour (1) compléter le tableau des compétiteurs.

C’est donc depuis la porte du désert que le coup d’envoi des concours interrégionaux de Tbourida a été donné. Cette première étape de Guelmim, qui a regroupé pas moins de 228 cavaliers,  a permis aux deux meilleures troupes de remporter un billet qualificatif pour le Trophée Hassan II. «Avant, les troupes de ces régions participaient seulement aux concours régionaux» a précisé Mohammed Chakdi, membre du comité organisateur et directeur du Haras national de Marrakech. «L’aventure s’arrêtait souvent à cette épreuve, les meilleurs représentaient leurs régions respectives directement au Trophée Hassan II».

Après les deux journées où l’ardeur compétitive des douze troupes a été saluée par tous, deux sorbas se sont vite démarquées. En tête du classement, la troupe de Guelmim de l'Association Ait Baâmrane pour l’équitation traditionnelle et la solidarité, au commandement du Moqadem Ibrahim Ennsihi, a forcé l’admiration. Ce nom a déjà fait couler beaucoup d’encre par ses succès précédents. Deuxième du classement, la sorba du Moqadem Hassan Mouradi, toujours de Guelmim, représentant l’Association des cavaliers de Oued Noun pour l’élevage des chevaux et l’environnement, a également été à la hauteur de l’événement.

Auréolé par la victoire de sa troupe, le Moqadem Ibrahim Ennsihi n’a pas manqué de saluer les efforts de la SOREC. « La Fantasia va revivre ses jours de gloire» dit-il. «Les dispositions prises récemment pour la mise à niveau de l’art de Tbourida sont prometteuses. La Fantasia fleurit avec fierté. Le meilleur est à venir.»

Le concours interrégional de Guelmim lui a offert l’occasion de partager le folklore de ses ancêtres. «J’ai ouvert les yeux et grandi dans un milieu où la Fantasia nous accompagne de père en fils», confie Ibrahim Ennsihi. Au-delà d’une simple  passion, la Fantasia est pour le Moqadem de Guelmim un véritable héritage.

Originaire de la tribu des Rguibat, Ibrahim Ennsihi participe aux moussems des Régions du Sud depuis tout jeune. «L’amour du cheval n’est pas un simple ressenti: c’est une partie de moi qui évolue de jour en jour», explique-t-il. «A l’époque, il n’y avait pas d’épreuves éliminatoires pour représenter les régions du Sud au concours national. Chaque région envoyait une troupe à Dar Essalam pour participer au Trophée Hassan II ».

Il aurait même déjà pu toucher le Graal. En 2011, sa sorba a représenté la région de Guelmim au Trophée Hassan II. Mais la chance fut absente. «Nous étions en tête du classement toute la semaine» se souvient-il. «Arrivés en finale, nous avons été trahis par un problème technique. Cette année, nous espérons prendre notre revanche, même si la concurrence sera rude avec les meilleures troupes qui passeront l’obstacle de Béni Mellal et Meknès.»

Après Guelmim, les concours interrégionaux de Tbourida 2017 poursuivront leur deuxième phase avec l’épreuve de Béni Mellal les 29 et 30 avril prochains, pour représenter les régions du centre. Alors que la troisième étape aura lieu à Meknès les 6 et 7 mai où la ville accueillera les sorbas des régions Nord.

Durant les deux belles journées de Guelmim, les sorbas ont été notées selon la performance de leurs exhibitions. Après leur premier passage, appelé « Hadda» ou «Tadrija», selon les régions, les troupes ont reçu une première note sur 25. Les juges apprécient le départ, la condition physique des chevaux, le harnachement et l’habillement des sorbas.

Ensuite, chaque sorba vide son «Baroud » en trois salves. Il s’agit là d’évaluer la cohérence du mouvement, la coordination entre les cavaliers  et bien sûr, le tir. Il faut préciser que le tir est pointé vers le bas, ce qui caractérise le jeu du Baroud des régions Sud. «Dans les zones du désert, l’ennemi se cachait dans les tranchées de défense» précise Mohammed Chakdi, qui rappelle que la Tbourida tient son origine dans l’art militaire.

Outre l’habillement des cavaliers, où on relève sans peine la «Deraâ» et le «Salham», habits traditionnels caractérisant les régions Sud du Royaume, les montures sont également différentes. «Ici, on n’utilise plus les juments» confie Mohammed Chakdi. «Elles sont moins impressionnantes que leurs semblables originaires des autres régions mais elles sont habituées aux conditions naturelles les plus dures».

Sur la deuxième journée, l’exercice est le même, sauf que la note est multipliée par un coefficient 2. A la fin du concours, nous avons enfin connu l’identité des deux sorbas qui se joindront à la cour des «grands» maîtres de la Fantasia lors du Trophée Hassan II où le moqadem Ibrahim Ennasihi ne manquera pas d’ambition.

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