Mohammed Chakdi : « Nous avons sauvé le cheval barbe »

FILIÉRE ÉQUINE

A l’image des haras nationaux de Meknès, Bouznika, El Jadida et Oujda, le haras de Marrakech a placé le cheval barbe  au cœur de sa stratégie. Non seulement pour professionnaliser son élevage mais aussi pour développer son utilisation moderne et traditionnelle.

 

 

 

A 6 km de la sortie sud de Marrakech, sur la fameuse route de Souihla, se dresse le grand portail du Haras National de Marrakech. Nouvelle Kasbah, dont les murs épousent parfaitement le décor des palmiers-oasis sans oublier la couleur ocre qui est la signature la région. L’édifice construit sur un terrain de 31 hectares abrite actuellement une sélection de cinquante chevaux de haute qualité génétique, et de races différentes: le cheval barbe, l’arabe barbe et le pur- sang arabe.

Outre son activité de promotion de l’élevage, la vocation du Haras National de Marrakech est aujourd’hui d’encadrer des activités équestres sur toute la zone sud et centre-sud du Maroc. Véritable carrefour du cheval sur les routes du Sud, entre le haras, l’hippodrome, l’école d’arts équestres ainsi qu’une dizaine de stations de monte, le Haras National de Marrakech est une des fiertés de la filière équine du Royaume.

Comme tous les autres haras nationaux, le haras de Marrakech était l’une des principales institutions qui favorisait, sous le protectorat, l’élevage des étalons de la cavalerie. Son principal but était de répondre aux besoins de l’armée royale, en servant de remonte militaire. 

Ce n’est qu’à partir de 1947, quand les haras ont été pris en charge par le ministère de l’agriculture, que sa mission a évolué. Cela a permis la promotion de l’activité équestre à destination des particuliers. Depuis, le haras de Marrakech a pour mission de mettre à disposition des éleveurs de la région et de ses environs des étalons de haute qualité.

À l’instar des autres Haras nationaux, ceux  deMeknès, d’Oujda, d’El Jadida et de Bouznika, le Haras National de Marrakech a été rattaché à la Société Royale d'encouragement du cheval, en 2011. Il est devenu cet outil indispensable, relais de la SOREC dans le domaine de l’élevage, œuvrant pour l’amélioration de la race équine, sa sélectivité.

Une stratégie juchée sur les épaules larges d’un homme qui a dédié sa vie à la promotion de la filière équine, le Dr Mohammed Chakdi, directeur du haras national de Marrakech, depuis 2006. Natif du moyen Atlas, il découvre le monde équin, à l’âge de 14 ans. «Mon père, qui avait acheté une jument et son poulain, me confia la mission de débourrer le jeune poulain» se souvient Mohammed. «J’aurais tellement eu envie de réussir cette mission. Mais j’ai échoué...»

Il ne ratera pas grand chose dans sa carrière. Dès qu’il quitte le collège, Mohammed Chakdi rejoint l’Institut agronomique et métiers vétérinaires Hassan II, où il est diplômé en 1982.Ensuite, il est recruté comme chef de service d’élevage dans la province d’Azilal. «C’était une école importante pour moi, pour débuter ma carrière» précise-t-il. «Il faut savoir que l’élevage est au centre des activités de cette province».

En 1998, il fut nommé chef de service vétérinaire, à Beni Mellal. «J’assurais aussi la présidence du club équestre de Beni Mellal» précise-t-il. «C’est à ce moment que ma relation avec le cheval est devenue plus prononcée. Au club, j’ai pu approfondir les différentes activités équestres comme les randonnées, le saut d’obstacles, l’initiation en équitation».

Après cinq belles années à Benni Mellal, il prend la direction de Marrakech où il tient, de 1998 à 2006, les rênes du service vétérinaire du Haras National de Marrakech. Spécialiste de la santé animale et de l’hygiène, il est  nommé chef de service du Haras national de Marrakech, en 2006. «Avoir une vision très générale sur la filière équine a été un vrai épanouissement» confie Mohammed avec beaucoup de fierté.

Mohammed a réussi à faire de sa passion un métier. «J’ai beaucoup d’affection pour le cheval» dit-il sobrement. «Déjà tout petit, j’ai commencé à essayer de monter sans vraiment réussir. Au club équestre de Beni Mellal,  non seulement, j’organisais les randonnées équestres, mais je participais aussi comme cavalier. L’activité me passionnait et j’ai nourri à travers ces moments uniques un grand attachement au cheval.»

A l’entendre, on ne peut parler de culture marocaine, sans parler de cheval. «Notre culture, notre histoire et nos traditions, nous ramènent chaque fois au cheval» assure-t-il. «Vous savez, le cheval ne produit ni du lait ni de la viande. Et pour qu’il puisse se reproduire, il faut l’aimer et aimer l’élever». Un amour qu’il exprime aussi à travers son travail, surtout depuis qu’il dirige le Haras de Marrakech.

On ne pouvait rêver meilleur interlocuteur pour découvrir le haras de la Ville Rouge, un des joyaux de la filière équine du Maroc. «Quand j’ai pris la responsabilité du Haras, j’ai eu l’honneur de pouvoir participer à sa reconstruction», confie le Dr Mohammed Chakdi. A l’époque, le temple du cheval était en plein  centre-ville, à côté des Jardins de la Menara. «L’édifice était en pleine démolition» se souvient Mohammed. «On nous a alors attribué une nouvelle assiette foncière  de 31 hectares, à la sortie de la ville. J’ai eu l’occasion de participer à l’élaboration des premières esquisses du plan du nouvel établissement. Deux années se sont écoulées avant la construction du nouvel haras. Quelle magnifique aventure !»

En 2011, elle prend un tournant capital. Sous l’impulsion tutélaire de la SOREC, le haras de Marrakech connait un développement étonnant.  Il devient un haras national. Et ambitionne aujourd’hui de devenir un grand carrefour du cheval sur les routes du Sud avec la grande et unique École des Arts Équestres et le nouvel hippodrome de la Ville Ocre au charme prometteur, notamment. «Grâce à son directeur général, Omar Skalli, la SOREC a travaillé avec succès à la remise à niveau de tous les haras» explique Mohammed. «Outre les constructions qu’elle a dirigées, la Sorec a réalisé un effort considérable  en matière d’équipements destinés à l’accompagnement des éleveurs».

Ce n’est pas Ahmed Tariq, grand éleveur et propriétaire d’une belle écurie de courses qui dira le contraire. «Dès que j’ai le moindre problème de santé avec un cheval, le Haras national de Marrakech sait répondre à mes attentes avec rapidité, qualité et efficacité» précise celui qui dirige aussi le Domaine Tariq, route de l’Ourika, à Marrakech. «Ce n’est pas étonnant car Mohammed Chakdi est non seulement un homme de passion mais aussi et surtout un homme aux compétences évidentes et reconnues.»

Il convient aussi de préciser que le Haras National de Marrakech a mené, avec un succès qui ne se dément pas,  plusieurs actions d’encouragement à la production des chevaux, notamment barbes et arabe-barbes, races autochtones, autrefois en voie de disparition. «Il y a un effort important qui a été fait pour mettre le cheval barbe au cœur de notre stratégie» confirme Mohammed Chakdi. «Et il ne s’agit plus seulement de travailler sur les questions d’élevage mais aussi et surtout sur l’utilisation moderne et traditionnelle du barbe, sans oublier sa communication».

La diversification de l’utilisation du cheval est un combat de chaque instant que le Haras national a engagé. Ainsi qu’en atteste le développement de l’école des arts équestres (voir page ci-contre).  A l’évocation de l’avenir de la filière équestre, Mohammed ne retient pas son enthousiasme. «On peut déjà se féliciter d’avoir sauvé le cheval barbe» assure-t-il. «On a relevé le défi de l’encouragement à l’élevage du cheval barbe et on doit en être fier car ce n’était pas gagné d’avance. Aujourd’hui, le cheval barbe possède une renommée internationale. Les Marocains commencent à saisir les opportunités offertes par la filière équine qui a trop longtemps été oubliée. Néanmoins, nous devons continuer à doubler nos efforts afin de développer toujours davantage la filière et encourager en permanence l’élevage du cheval barbe».

Forcément, les idées foisonnent et les projets ne manquent pas. Il est évident que la pleine réussite du développement du cheval barbe, à la lumière des Arts équestres, est plus qu’exemple: une voie tracée. «Maintenant, il faut explorer tous les moyens d’utilisation possibles pour pouvoir les présenter aux éleveurs» lance Mohammed Chakdi, qui mise beaucoup sur l’essor de la discipline des sports d’endurance liés au cheval. 

Il projette la création d’un pôle équestre autour de Marrakech avec une école de Tbourida afin de codifier cette activité ancestrale, purement marocaine. Le directeur encourage aussi la naissance de nouveaux clubs équestres, notamment au niveau de la région Sud du Maroc pour encadrer les loisirs équestres autant que  l’éco-tourisme.

Mohammed Chakdi a placé ce dossier, aux retombées évidentes, en première position   sur son bureau  «C’est un défi qui correspond à notre développement et à nos objectifs. On y trouvera les volets élevage et reproduction mais aussi l’École des Arts Équestres, le nouvel hippodrome, un club équestre, une école de poneys, une académie de Tbourida et un centre de trek», détaille le Dr Chakdi qui n’oublie pas de citer l’utilisation des chevaux pour l’équithérapie ou le cinéma.

Dans le costume de directeur du Haras National de Marrakech, Mohammed Chakdi tient son plus beau rôle. 

 

 

 

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Placé comme un supplément à la fin du magazine Clin d’œil, le magazine Cheval du Maroc est un rendez-vous incontournable pour les amoureux du cheval et permet, aux non initiés de découvrir la filière équine aux multiples facettes. Il participe, également, à la création d’un lien social entre les différents intervenants du monde du cheval au Royaume. Entre les courses hippiques, le développement du cheval barbe, l’utilisation traditionnelle et moderne du cheval, l’élevage équin, le Salon du Cheval d’El Jadida, le sport équestre, les métiers du cheval ou les cartes postales du cavalier marocain Kebir Ouaddar sur la route des JO de Rio, les intérêts de lecture ne manquent pas. 

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